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Xiru 2023 - 4 photos dans 4 lieux GOTEIN 
le centre ménager de Gotein (1947-1952)
L’initiative de la création du centre ménager de Gotein, destiné aux jeunes filles de 15 à 16 ans après le certificat d’études, revient à l’abbé Jean ETCHEGOYEN (1914-1979). Natif d’Arhansus, il fut nommé à Gotein suite au décès brutal du curé Carricart. Il y restera de 1947 à 1952. Sensible à la priorité de 1945 qui était de nourrir le pays subissant encore le rationnement de la guerre, la J.A.C. (Jeunesse Agricole Catholique), à l’origine de ce type de centres, se mobilisait alors pour une agriculture raisonnée et juste profitant aux agriculteurs et agricultrices. Dans les campagnes, et malgré le droit de vote obtenu en 1944, les femmes étaient considérées comme prêtes à servir leur père, mari ou fils. Leur seul avenir était alors le travail à l’usine ou aux champs, sans aucune qualification. L’abbé Etchégoyen fut aidé par les paroissiens dans l’aménagement de la maison Salhank. Il obtint l’aide, pour l’encadrement, de la communauté religieuse des sœurs de Nevers qui tenait alors l’hôpital de Mauléon et l’école Jeanne d’Arc. La sœur Marie Gabrielle avec d’autres s’occupèrent de l’internat pour quarante à cinquante élèves venant de Soule et du Béarn. L’inauguration officielle en 1950 fut l’occasion de la venue de l’évêque Léon-Albert Terrier et du Chanoine Charritton supérieur du Collège Saint François, de Mgr l’archiprête Etcheber de Mauléon, des abbés Etchegaray (futur cardinal) et Partarrieu, de la supérieure Marie Gabrielle, des sœurs de Nevers (Anne-Marie Puech comme directrice, Jeanne-Marie, Ignace et Bernadette, Marie Dolores pour la cuisine) et des institutrices de Jeanne d’Arc (Mlle Marguerite Guiresse de Abense, en couture et jardinage, Marie-Hélène Rachou, Marie-Louise Burcudoy). Les cours, dispensés de septembre à mai, consistaient en un enseignement général de Français et de Maths, niveau primaire qu’avaient déjà les élèves mais avec désormais des cours complémentaires. En plus d’autres matières plus traditionnelles (couture, repassage, cuisine, ménage, jardinage, petit élevage), les élèves découvraient grâce aux cours d’instruction civique comment se passait la vie municipale, comment remplir une déclaration d’impôts, et apprenaient la tenue des cahiers de comptes comparatifs d’exploitation de la ferme. À ces cours généraux et pratiques s’ajoutait la venue d’intervenants extérieurs comme Madeleine de Jauréguiberry pour des cours de basque, Isabelle Lavie-Dalier pour des cours de danses souletines, l’abbé Etchégoyen se chargeant de l’E.P.S et notamment du basket sur le fronton de Gotein. De l’initiation au théâtre par des saynètes évoquant la vie de ces jeunes filles au village fut également organisée. Pendant le mois d’août, il leur était proposé de faire la saison à Lourdes, à l’asile Notre-Dame des sœurs de Nevers. L’organisation de débats au presbytère était l’occasion de discussions et d’échanges à partir de ce qui était vécu, suivant la méthode de réflexion du « voir juger agir » jociste ( de la Jeunesse Ouvrière Catholique). L’aboutissement de ces deux années d’études était l’obtention du brevet élémentaire agricole. Avec le départ de l’abbé Etchégoyen en 1952, le centre ménager fut déplacé à Mauléon (d’abord à Maule Baitha puis à Bernadet Ikasgia, rue de la Navarre).

 Albert Milhomis (Information recueillies sur l’article de Joel Larroque / Miroir de la Soule) 
GREGORY PECK A GOTEIN-LIBARRENX
Incroyable! En 1963, les premiers jours de juillet, Grégory Peck, grande vedette d’Hollywood, est venu à Gotein tourner plusieurs scènes du film « Et vint le jour de la vengeance » qui sortira l’année suivante dans les salles françaises. C’est l’Abbé Salaberry, curé du village, qui était à l’origine du choix de Gotein par le réalisateur Fred Zinnemann. Celui-ci était déjà très célèbre ayant signé quelques œuvres au succès mondial comme « Tant qu’il y aura des hommes » et « Le train sifflera trois fois ». Pour ce tournage, le formidable acteur américain était accompagné de Paolo Stoppa, acteur italien très connu, de l’enfant Marietto Angeletti, au rôle très important dans le film, et de la jeune Elisabeth Wiener qui fera plus tard carrière dans la chanson et au cinéma. D’autres très grands acteurs étaient également inscrits au générique du film mais on ne les vit pas à Gotein où ils n’avaient aucune séquence à tourner. On peut citer Antony Quinn, Omar Sharif et Raymond Pellegrin. Pendant trois jours, Gotein-Libarrenx a donc vécu à l’heure de « Behold a pale horse », titre original du film. Celui-ci avait pour thème la lutte entre deux hommes : Manuel Artigues (Grégory Peck), réfugié à Pau depuis la fin de la guerre civile en Espagne et le Capitaine Vignolas (Antony Quinn), chef de la police de San Martin. Pour la quarantaine de villageois de tous âges, engagés comme figurants, la participation au tournage a été une incroyable expérience. Certains se sont retrouvés joueurs de pelote, d’autres gendarmes, d’autre encore cantonniers ou passagers du car ayant déposé Grégory Peck devant le fronton. De très nombreux curieux sont venus assister à l’évènement sur la place envahie par les camions et les remorques de matériel. Ils ont pu voir les techniciens préparer l’énorme caméra et des appareils de prise de son, installer des projecteurs et des plaques réfléchissant la lumière, monter un échafaudage devant l’église et un décor contre le presbytère permettant certaines prises de vue. Même les pompiers ont apporté leur aide , l’une des scènes se déroulant sous la pluie. Figurants et curieux ont suivi avec beaucoup d’intérêt les préparatifs et le tournage des différentes séquences sur la place, au presbytère, sur le chemin longeant le cimetière et la propriété Inchauspé, aujourd’hui disparue, et à la terrasse de la Maison Montalibet-Herrero transformée en café-épicerie. On se souviendra longtemps de cet événement qui a marqué la vie du village au cours d’une année 1963 exceptionnelle avec deux autres grandes manifestations, la Mascarade des enfants de l’école au début de l’année et la Pastorale Santcho Azkarra jouée par les habitants au cours de l’été. 

Arnaud Lougarot 
Salvador Mège (1854 - 1939)
« Ma mère m’a toujours dit que c’était mon arrière-grand-père qui avait fait les vitraux de l’église de Gotein ». Cette phrase prononcée par le gotinois, Louis ETCHENOU (1945/2019), interpella notre attention. Qui était cet artiste, dont tout le monde avait oublié l’existence au village ? Ainsi commença un travail de recherches pour identifier notre inconnu. Parcours d’un peintre natif de Bayonne, installé à Gotein-Libarrenx Salvador, Jean, Marie MÈGE nait le 12 mars 1854 à Bayonne. Attiré par l’art, le jeune homme se forme à l’École Académique de Dessin de Bayonne, sous la direction du peintre Achille ZO (1826 -1901). Les élèves de cette école étaient destinés à réaliser des portraits de notables et à travailler dans l’industrie de l’art ou la marine. Son diplôme obtenu en 1874, avec la mention « médaille d’or », Salvador MÈGE part compléter son apprentissage dans l’atelier du célèbre peintre, Léon BONNAT (1833 -1922), à l’école des Beaux-Arts de Paris. Entre 1879 et 1885, l’artiste expose au Salon de peinture et de sculpture à Paris. Intéressé par plusieurs genres de la peinture, S. MÈGE aborde aussi bien le religieux, le mythologique, le portrait, le paysage que la nature morte. Il apprend en reproduisant des tableaux de grands maîtres, tels que RUBENS, MURILLO... On retrouve, chez ce fils de bijoutier horloger, le soucis de la minutie et de la précision. Il semble chercher dans la peinture à l’huile, les effets de lumière, de rendu, pour être au plus près du réalisme et de l’enseignement de ses maîtres. Ce sont probablement ces qualités qui ont amenées S. MÈGE à rejoindre l’équipe de peintres d’histoire, Félix PHILIPPOTEAUX (1815-1884) et son fils Paul (1846-1923), connus pour leurs œuvres panoramiques. En 1882, la dizaine artistes rassemblée par P. PHILIPPOTEAUX entâme une commande de taille en Amérique : le premier cyclorama des États-Unis, illustrant la bataille de Gettysburg. 1888, S. MÈGE hérite de la maison Tartasia, à Gotein-Libarrenx. Pour cet artiste qui va être amené à vivre à Paris, New York, Bruxelles et Londres, cette maison sera son point d’ancrage, lors de ses retours en France. Un artiste basque, devenu célèbre aux États-Unis et au Canada, grâce aux cycloramas Entre 1882 à 1886, quatre versions de « La Bataille de Gettysburg » sont réalisées par l’équipe de P. PHILIPPOTEAUX. Elles seront exposées à Chicago, Boston, New York et Philadelphie. Ces attractions populaires inédites attirent jusqu’à 2 millions de personnes. Des quatre peintures panoramiques, une seule a survécu et est actuellement exposée dans une rotonde, à Gettysburg (États-Unis). Le bâtiment, spécialement conçu pour accueillir l’immense toile circulaire, a pour but d’amener le spectateur au centre de cette vue à 360°, afin qu’il ait la sensation de se tenir au milieu de l’événement historique. Depuis 1885, Salvador MÈGE vit à New York avec sa famille. Il figure parmi un groupe d’artistes reconnus dans le domaine de l’art industriel. On fait appel à lui pour peindre les paysages sur d’autres cycloramas. Notamment, il intervient sur le cyclorama de « Jérusalem et la Crucifixion du Christ » de Bruno PIGHLEIN (1848-1894). Réalisée aux Etats-Unis, la toile sera exposée définitivement à Sainte-Anne-de-Beaupré (Canada). C’est une des plus anciennes et grandes peintures panoramiques au monde (14 m de haut x 110 m de large). En 2019, il est classé « Bien patrimonial » par le ministre de la Culture et des Communications du Québec. Vers 1920, S. MÈGE quitte les États-Unis et regagne la France. Il se déplace entre sa vie professionnelle à Paris, et sa maison de campagne à Gotein-Libarrenx. Il décède le 23 janvier 1939, dans sa maison. Salvador MÈGE, est-il l’auteur des vitraux de l’église de Gotein ? Nos recherches n’ont pas pu authentifier l’auteur des vitraux. Néanmoins, tout porte à croire que Salvador MÈGE en est le créateur. Nous savons que S. MÈGE était un peintre portraitiste du XIXème et qu’il avait une expérience picturale dans le domaine religieux. De plus, lorsque Serge TARLANT (1961-2021), restaurateur de vitraux anciens intervint à l’église de Gotein, il nous apprit que les vitraux, illustrant des personnages religieux, dataient de la fin XIXème. Il nous confia aussi les défauts techniques qu’il avait relevés. Entre autres, le point de vue du spectateur qui n’était pas pris en compte par l’auteur des vitraux. En effet, les figurants des vitraux semblent s’adresser à une personne qui se tient face à eux. Or, le spectateur se situant sous les sujets contemplés, ces derniers auraient dû être réalisés en contre-plongée, pour donner l’impression de regarder vers le bas et s’adresser directement aux paroissiens. Pour S. TARLANT, cette approche était celle d’un portraitiste, qui avait l’habitude de peindre un sujet face à lui. Un vitrailliste n’aurait pas commis cette erreur. Il est à noter que sans les nombreuses archives familiales de Francis HEGOBURU (descendant de S. MÈGE), le voile n’aurait pas pu être levé, sur la vie de Salvador MÈGE. Cependant, des moments de son existence restent à mettre en lumière

 Ode Lecoeur (à partir de documents fournis par Francis Hegoburu et Joel Larroque)
L’ancien bar Elichondo, maison Arrozpidea (Rospide)
La première famille que nous ayons repérée dans cette maison Arrozpidea (Rospide) est celle des Irigoyen-Uthurriague à partir de 1829. En 1833, Marie Uthurriague de Laguinge, sans profession, veuve de Pierre Irigoyen de Haux y décède. Une des quatre enfants du couple, Françoise Irigoyen, ménagère, reste dans cette maison jusqu’à son mariage en 1840 à un journalier d’Abense de haut. En 1841, Jean-Pierre Elichondo d’Ordiarp, brigadier et cantonnier, et Marie Etchart de Gotein, sans profession, mariés cinq ans auparavant à Gotein, achètent la maison aux enfants Irigoyen, pour la somme consentie de 900 francs. Jean-Pierre Elichondo et Marie Etchart étaient auparavant locataires dans la maison Grison de Gotein, où sont nés plusieurs de leurs enfants. Leur installation dans la maison Arrozpidea n’est attestée qu’en septembre 1845, soit quatre ans après l’acte d’achat. À la naissance de leur 7ème et dernier enfant en 1853, Jean-Pierre Elichondo est chef cantonnier et Marie Etchart ménagère. Ce n’est qu’en 1859, sur l’avis de décès de son époux, que Marie Etchart apparaît comme cabaretière. La transformation de la maison Rospide en café-auberge ne semble donc intervenir qu’entre 1853 et 1859. En 1890, Marie Etchart âgée de 78 ans est toujours cabaretière pour le mariage de son dernier fils Jean-Baptiste, cuisinier, avec Marie Irigaray de Camou-Cihigue, cuisinière. L’acte de mariage mentionne que Jean-Baptiste aurait aidé sa mère à rénover la maison. En retour, cette dernière lui en cède une part. Au décès de Marie Etchart, Jean-Baptiste et sa femme reprennent le commerce, comme le feront après eux deux de leurs filles, Marianne et Pauline, restées toutes deux célibataires. La cessation d’activité de l’entreprise familiale, et de ce fait la fin de la présence d’un café au centre du village de Gotein, est officiellement attestée en décembre 1984. En 2004, le groupe de chanteuses Amaren Alabak présentait pour la première fois à Xiru son spectacle Anderegatik. Une chanson de ce spectacle reprenait une anecdote de la famille Elichondo, racontée quelques années auparavant par une villageoise. Une histoire de voyage de noces, où la jeune mariée aurait aimée se rendre à Paris. Son mari l’aurait alors invitée à s’installer dans une brouette, et lui aurait fait faire trois fois le tour de la croix en pierre proche de la maison…

Lorraine Jacquot 

Eskerrik hanitx/ Un grand merci : au Miroir de la Soule pour avoir fourni les photos du film, et à Elodie (Pierre Alex photographe à Mauléon) pour tout le travail réalisé pour cette exposition.